Il ne la regarde pas comme une femme. Il la scanne. Il observe les silences, les hésitations, les phrases qui commencent fort et finissent en excuses. Il cherche les failles comme on cherche par où s’infiltrer. Pas avec violence, avec patience. Il écoute moins ce qu’elle dit que ce qui tremble derrière sa voix. Il entend la peur avant les mots, le doute avant les idées. Il comprend très vite où appuyer. Plus elle a une famille brisée, plus il sourit. Les racines arrachées ne se défendent pas, elles cherchent un point d’ancrage, même s’il n’est pas parfait. Plus elle doute d’elle-même, plus il s’approche. Il ne la rassure pas vraiment, il entretient juste assez l’incertitude pour qu’elle ait besoin de lui. Moins elle a d’amis, plus il respire. Personne pour dire que ce n’est pas normal. Personne pour comparer, pour alerter, pour tendre la main au bon moment. Plus elle se questionne, plus il brouille. Il mélange les mots, inverse les rôles, change les responsabilités. Il transforme chaque discussion en labyrinthe. Elle ressort toujours fatiguée, confuse, coupable. Il appelle ça communiquer.
Moins elle s’aime, plus il prend de place. Il parle fort, là où elle murmure. Il tranche, là où elle hésite. Il décide, là où elle cherche encore à comprendre. Moins elle a vécu, plus il écrit pour elle, sa version, sa vérité, son histoire. Et à force de l’entendre, elle commence à douter de la sienne. Plus elle porte de traumatismes, plus il s’installe. La douleur devient le lien. La peur devient la colle. La survie se déguise en amour. Elle croit que souffrir ensemble, c’est ça l’amour. Il l’épuise, puis lui reproche sa fatigue. Il la blesse, puis lui reproche de saigner. Il la fragilise, puis lui demande pourquoi elle n’est pas plus solide. Il avance toujours juste assez pour reculer ensuite. Un pas de trop, un pas de pardon. Assez pour qu’elle reste, mais jamais assez pour qu’elle se sente en sécurité. Il appelle ça une relation. C’est un piège qui se referme sans alarme. Avec des silences lourds et des mots bien choisis. Et quand elle commence à ouvrir les yeux, quand quelque chose en elle se redresse enfin, il ne crie pas, il ne la frappe pas. Il pleure, il se pose en victime. Il se dit incompris, blessé, abandonné. Il transforme sa lucidité en cruauté. Il lui passe la culpabilité autour du cou et serre, lentement, jusqu’à ce qu’elle doute encore, jusqu’à ce qu’elle recule, jusqu’à ce qu’elle s’excuse d’exister.
Mîlly



