Hola, aujourd’hui, je veux partager mes émotions en lien avec la langue française, raconter un peu des moments vécus et à quel point la langue a réussi à m’éloigner de la vraie Cinthya.
Il était une fois, une fille qui n’a pas décidé de partir de son pays, mais sa mère voulait le meilleur pour son futur. Elle a dit au revoir à ses deux meilleurs amis, à ses proches, à sa famille. Elle a mis treize ans de sa vie dans une valise de vingt-trois kilos et elle est partie. L’arrivée au nouveau pays s’est bien passée, la fille pensait avoir plein d’amis et était prête à s’intégrer, à apprendre la langue et à donner le meilleur d’elle-même… jusqu’à tant qu’elle fonce dans le mur de la réalité.
Les jours passaient et elle s’est rendu compte qu’elle n’avait personne à qui parler, il y avait une langue complètement différente de la sienne qui la séparait de la possibilité de se faire des amis. Sa famille et ses amis lui manquaient énormément. Les vacances d’été se sont terminées, elle allait se retrouver dans une école secondaire dans son nouveau pays. Elle avait peur, vraiment peur, mais elle se disait que cela allait bien se passer et qu’elle allait trouver des gens gentils qui voudraient la connaître, malgré le fait qu’elle commençait à peine parler français et ne savait même pas ce que voulait dire ‘’tu fais quoi?’’ Une semaine après, elle trouvait ça difficile, du monde a commencé à la déranger et avec le temps, des commentaires pas très gentils ont commencé à sortir de la bouche des autres élèves, certains disaient que c’était juste une blague,“retourne dans ton pays”, “pourquoi t’es ici si tu ne parles même pas français”, “monsieur, mettez-moi pas avec elle, je comprends rien de ce qu’elle dit”, et le pire c’était quand les gens me disaient des choses blessantes et à l’époque je n’arrivais pas à me défendre, j’ai encore de la difficulté aujourd’hui, je faisais juste les écouter sans pouvoir dire quelque chose. Je me rappelle la journée où un groupe de filles est allé dans le couloir où j’étais assise toute seule, elles m’ont montré un téléphone où il était écrit “ va-t’en d’ici” en espagnol, elles riaient.
C’était un peu comme ça mon arrivée au Canada, maintenant j’ai des connaissances et quelques vraies amies. Je parle bien le français, malgré le fait d’avoir un accent, mais il fait partie de moi. Et une chose qui me fera toujours de la peine, c’est que le monde ne saura jamais à quel point je suis drôle en espagnol, ou comment je peux réussir à me faire des amis vraiment vite. Mais en français, tout est plus difficile pour moi. Merci à ces personnes qui m’ont appris de nouveaux mots et leur prononciation ou qui m’ont déjà corrigée gentiment. Merci à la fille qui a été mon amie même quand je ne parlais pas le français et on devait utiliser la traduction pour se comprendre, tu m’as beaucoup aidée. Le Canada fait partie de moi maintenant.
Cinthya



