Il y a des jours où mon corps me pèse moins que le poids des jugements qu’on dépose sur lui. Des jours où je sens, avant même de franchir la porte, que je vais devoir affronter des regards qui tranchent, des mots qui blessent, des attitudes qui me rappellent que je ne rentre pas dans la case prévue. La grossophobie n’est pas une idée abstraite pour moi. C’est une violence quotidienne, parfois bruyante, parfois silencieuse, mais toujours présente.
Et je veux le dire clairement : ce n’est pas normal. Ce n’est pas normal de se faire intimider parce qu’on ne correspond pas à un standard inventé de toutes pièces. Ce n’est pas normal de se faire insulter pour sa grosseur, comme si mon corps donnait aux autres le droit de me rabaisser. Ce n’est pas normal qu’on me fasse sentir que je vaux moins, que je mérite moins, que je devrais me cacher. Et je ne devrais jamais accepter ça. Personne ne devrait accepter ça.
Pendant longtemps, pourtant, j’ai encaissé. J’ai appris à rire pour masquer la douleur, à détourner les yeux pour éviter les remarques, à me faire petite pour ne pas déranger. J’ai laissé les autres me convaincre que mon corps était une faute, un échec, quelque chose à corriger avant d’avoir le droit d’exister pleinement. Et le plus cruel, c’est que j’ai fini par croire leurs mensonges. J’ai laissé leurs mots s’infiltrer en moi jusqu’à ce qu’ils deviennent ma propre voix.
Mais aujourd’hui, je refuse. Je refuse de porter la honte qui ne m’appartient pas. Je refuse de laisser la grossophobie définir ma valeur, ma beauté, ma dignité. Je refuse de croire que je dois changer pour mériter le respect. Mon corps n’est pas un problème. Il n’est pas une excuse. Il n’est pas une invitation à la violence.
Je veux me tenir droite, même quand c’est difficile. Je veux réapprendre à me regarder avec douceur, à me parler avec bienveillance, à occuper l’espace sans m’excuser. Je veux dire haut ce que j’ai trop longtemps murmuré dans l’ombre : je mérite d’exister sans être humiliée. Je mérite la paix. Je mérite la place que j’occupe. Je mérite l’amour, la douceur, la considération.
Et je ne laisserai plus personne me faire croire le contraire. Parce que ma valeur ne dépend pas de leur regard. Elle dépend de moi, et je choisis enfin de me reconnaître.
Sara-Rose



