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Crise 2025…

Aya Bouzaffour

Écrit par : Aya Bouzaffour

École : École secondaire Henri-Dunant

Année scolaire : 2025-2026

Publié le : 15 janvier 2026

Bonjour.

Je sais que c’est rare de voir un adolescent écrire. Aujourd’hui, l’écriture est un peu devenu le « trou noir » de notre génération : on y tombe, on s’y perd, on fuit les mots comme s’ils pouvaient nous engloutir.

Mais moi, j’ai besoin de parler. Besoin de déposer quelque chose qui me traverse chaque fois que j’ouvre mes réseaux sociaux.

Et aujourd’hui, je parle dans la langue des filles qui portent le voile.

J’ai grandi entourée de femmes voilées, des femmes fortes, lumineuses, drôles, sociales et j’ai quelque chose à dire. Quelque chose qui brûle quand je le garde pour moi, et qui s’apaise seulement quand je l’écris.

Parce que oui, je suis une fille.

Et déjà, être une fille dans cette société, c’est un défi permanent.

Je suis aussi immigrante.

Et musulmane.

Et là, le vrai débat commence.

Un débat qui revient comme une vague. On croit qu’elle s’est calmée, mais elle finit toujours par revenir frapper les mêmes rochers.

Depuis mon enfance, j’ai été élevée par une femme exceptionnelle : ma mère.

Musulmane. Voilée. Et profondément libre.

C’est elle qui m’a appris que mes idées doivent briller, que ma parole compte, que ma voix existe.

Être féministe, pour moi, ce n’était même pas une question : c’était une évidence.

Et pourtant, aujourd’hui, j’entends des journalistes, des commentateurs, des inconnus affirmer que les femmes voilées ne parlent pas, ne choisissent pas, qu’elles sont soumises, silencieuses, forcées.

Que leur voile est un symbole d’oppression, jamais un symbole de choix.

Mais ma mère, elle, parle à tout le monde.

Elle peut parler sept heures d’affilée si personne ne l’arrête.

Elle rit. Elle débat. Elle questionne. Elle écoute. Elle enseigne.

Ce n’est pas un bout de tissu qui définit son ouverture au monde.

Et ce n’est pas un bout de tissu qui définit sa force.

Moi, je rêve d’être médecin.

Je rêve de débattre, de parler, d’aider, d’être utile.

Mais parfois, je me demande :

si un jour je choisis de porter le voile, est-ce que je devrai abandonner tous mes rêves ?

Pas parce que je n’en suis pas capable.

Pas parce que je n’ai pas le courage.

Mais parce que d’autres ont décidé, à ma place, de ce que ma tête représente.

Et là, je repense à cette phrase que tout le monde connaît.

Descartes disait : « Je pense, donc je suis. »

Alors, pourquoi, aujourd’hui, ma pensée ne suffit-elle plus à prouver mon existence ?

Pourquoi mon être se retrouve-t-il réduit, pour certains, à un simple morceau de tissu que je pourrais si un jour je le décidais  prendre moi-même pour en faire mon berceau vacant, l’endroit où reposer mon identité, ma foi, ma liberté, ma vie ?

On dit que le voile cache.

Mais même une ombre ne peut exister sans lumière.

Et cette lumière, elle vient de ma pensée, pas de votre opinion.

Si je décide un jour de porter un voile, ce ne sera pas pour me couvrir :

Ce sera pour montrer que ma liberté commence exactement là où votre regard s’arrête.

Si un jour, je choisis de le porter,

pourquoi jugeriez-vous mon tissu avant même de juger

la force de mon esprit ?

Pourquoi jugeriez-vous mon apparence avant de juger

mes capacités, mes ambitions, ma manière d’être au monde ?

On parle souvent de liberté.

Mais la vraie liberté, c’est de me laisser choisir mon propre berceau,

mon propre symbole,

ma propre façon d’exister.

Pas d’anticiper ma vie avant même que je la vive.

Si je pense, donc j’existe.

Alors laissez-moi exister avant de me réduire.

Aya

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