Cette lourdeur habituelle m’habite de jour en jour, de plus en plus fort. J’essaie de baisser le son de ces cris, de ces disputes, de cette vie chaotique, mais je n’y arrive pas. Le son me consume les poumons, au point de m’empêcher parfois de respirer. C’est lorsque je me souviens de ces nuits où j’ai passé à prier Dieu d’arrêter ma souffrance si brutale dans mon pauvre corps d’enfant, si joyeuse certes, mais si triste en même temps.
C’est lorsque je me souviens de ce cauchemar que j’ai vécu pendant un mois, un cauchemar si silencieux, mais pourtant tellement bruyant de tensions et de choses qui n’ont jamais été dites. C’est dans ces moments que je me souviens de l’horreur : revenir de l’école et entendre ces deux personnes si chères à mes yeux, ces deux personnes qui m’ont donné la vie, se chicaner comme si leur amour s’essoufflait de jour en jour. La seule chose que je pouvais faire, c’était de les regarder. Les regarder se détruire à petit feu pendant qu’un bout de mon cœur s’arrachait chaque jour en voyant ce spectacle si monstrueux qu’aucun enfant ne devrait subir au détriment de son bonheur. Deux fêtes de Noël, deux maisons, et pourtant j’ai l’impression de n’avoir ma place nulle part. Déplacements sur déplacements, quand est-ce que je vais trouver ma place, ma maison, mon chez-moi, mon bonheur? Mon petit cœur rempli d’amour et ma petite tête remplie de souvenirs, et pourtant j’ai l’impression de ne pas avoir grandi, mais d’avoir vieilli bien trop vite, plus qu’un enfant ne le devrait.
Tous ces cris que j’ai entendus sont loin derrière moi, alors pourquoi les entends-je encore résonner en moi? Ils résonnent en moi, comme une chanson énervante qu’on entend à la radio : on voudrait s’en débarrasser, mais c’est impossible. Ces cris et ces disputes font partie de moi et de mon histoire, et quelle chance ai-je d’être encore en vie pour la raconter. Les cris que j’entends désormais sont plus doux, plus tendres, mais pourtant ils portent un lourd sujet et un dur passé; ils demandent juste à être écoutés. J’espère qu’un jour j’arriverai à complètement baisser le son de ces cris pour pouvoir entendre les miens crier à l’aide.
— Pour mon moi enfant qui n’a jamais cessé de vivre, je suis si fière de ce que tu es devenu.
Maïloune xxx



