Depuis mon plus jeune âge, je n’ai jamais su suivre le troupeau, et j’ai toujours été à l’écart.
Même quand je suis dans un groupe d’amis, je n’ai jamais vraiment l’impression d’en faire
réellement partie.
J’ai toujours essayé d’être comme les autres, de rentrer dans le moule. J’ai toujours eu l’oreille
ouverte, l’épaule sur laquelle on pouvait pleurer. Même quand mon propre monde s’écroulait,
j’étais là pour mes « amis ».
Au fil des années, j’ai changé, encore et encore. J’ai moulé ma personnalité pour répondre aux
standards, pour correspondre à ce qu’on attendait de moi. Et à travers les années, je me suis
perdue. Qui suis-je lorsque plus personne n’a besoin de moi ?
Quand je suis amie avec une personne, je lui donne tout ce que je peux. Je suis prête à tout
pour entendre cette personne rire ou pour voir un sourire apparaître sur son visage. Mais
lorsque vient mon tour d’avoir besoin d’une épaule sur laquelle pleurer, je me rends compte
que, tout d’un coup, je n’ai plus personne autour de moi.
Je ne rentre pas dans le moule des gens autour de moi. Autour de moi, le monde tourne : les
gens rient, pleurent, crient… et moi, je suis paralysée. Je reste là, figée comme prisonnière de
mon corps.
Réaliser qu’on ne correspond pas aux attentes, ça fait mal. Ma vie est en pause. Tout le monde
se réjouit de la fin du secondaire, mais moi, j’ai peur. J’ai peur de graduer seule. J’ai peur de
ressortir du secondaire aussi seule que quand j’y suis entrée.
J’aimerais juste être capable d’être comme les autres. De vivre au jour le jour. J’ai l’impression
que je suis seule au milieu d’un ouragan. J’ai des gens autour de moi, mais malgré tout, j’ai
toujours l’impression de déranger, de ne pas être à ma place.
Je ne sais jamais comment réagir. Peut-être que je me fais trop d’attentes. Peut-être qu’il est
normal de laisser une personne censée être ton amie pleurer en silence dans un coin,
simplement parce que ce n’est pas la première fois que ça arrive.
J’ai l’impression de pédaler seule dans mes amitiés. Tout va trop vite autour de moi. J’aimerais
juste pouvoir compter sur mes amis autant qu’elles peuvent compter sur moi.
Mais quand je ne vais pas bien, il n’y a que moi et le son de mes sanglots dans le silence. De
toute façon, il est plus facile de faire comme si tout allait bien. Mettre un masque et sourire fait
maintenant partie de mon quotidien, parce que lorsqu’on ose laisser sortir ses émotions, on
nous dit qu’on est négatifs ou pessimistes.
Et j’imagine que ce sera désormais ma nouvelle réalité : entre moi… et le silence.
-Loryane



