Elle marche dans le corridor comme on traverse une mer pleine de regards : certains sont vagues tranquilles, d’autres des tempêtes qui jugent en silence. En secondaire 4, on lui a souvent répété que la popularité, c’est comme une couronne invisible : tout le monde la veut, mais personne ne sait vraiment si elle pèse trop lourd pour la tête qui la porte.
Autour d’elle, les élèves se comparent comme des miroirs alignés, chacun essayant de refléter un visage qui ne lui appartient pas. On rit d’un manteau trop vieux, d’une voix trop douce, d’une différence trop visible. Le jugement flotte dans l’air, épais comme un brouillard, et parfois il s’infiltre jusque dans la poitrine.
Elle, pourtant, a compris quelque chose de simple : la popularité, c’est un château de sable. Il est beau quand on le regarde de loin, mais la première vague, un doute, une dispute, un secret, le fait s’effondrer. Être aimé pour ce qu’on prétend être, c’est comme respirer à travers un masque : on finit par manquer d’air.
Alors elle choisit d’être elle-même. De garder ses couleurs comme on garde un ciel après la pluie. Ses maladresses, ses passions étranges, ses rêves trop grands : tout cela devient son paysage intérieur. Elle se dit que chacun porte une musique unique, et qu’essayer de jouer la chanson des autres, c’est étouffer la sienne.
Elle parle doucement aux autres, ceux qui baissent les yeux :
– Tu n’as pas à te rapetisser pour entrer dans la boîte de quelqu’un d’autre.
Et dans ce simple geste, quelque chose change. Les regards deviennent moins tranchants, les couloirs moins froids. Parce qu’au fond, rester soi-même, c’est planter une lumière dans la nuit, une lumière qui rappelle aux autres qu’eux aussi ont le droit d’exister, sans costume, sans masque, simplement vrais.
Morgane



