Barbie, Oppenheimer, Indiana Jones et le cadran de la destinée, le septième Mission Impossible…
Tant de films à succès qui ont fait rage sur les grands écrans en 2023. J’étais particulièrement excitée d’aller visionner ces films tant attendus ainsi que de voir une nouvelle production de Christopher Nolan et les acteurs Tom Cruise (Ethan Hunt) et Robert Downey Jr. (Lewis Strauss) dans un nouveau long-métrage.
Cependant, je l’étais tout autant concernant la sortie imminente du film The Ballad of Songbirds and Snakes le 17 novembre dernier. Le film, réalisé par Francis Lawrence, qui a également dirigé d’une main de maître trois opus de la saga Hunger Games, en est justement une préquelle racontant le passé du principal antagoniste de la série Coriolanus Snow. Par ailleurs, c'est l’acteur britannique Tom Blyth qui interprète la version de 17 ans du futur dictateur de Panem aux côtés des actrices américaines Rachel Zegler (Lucy Gray Baird) et Hunter Schafer (Tigris Snow). Donc, ayant adoré le film (dont je vous recommande vivement le visionnement!), j’ai peu de temps après lu le livre dont l’œuvre cinématographique est tirée et décidé d’écrire une critique littéraire à ce sujet.
The Ballad of Songbirds and Snakes (ou plutôt La Ballade du Serpent et de l’Oiseau Chanteur en français) est un thriller dystopique écrit par la prolifique autrice américaine Suzanne Collins et publié en mai 2020 à New York. Comme je l’ai déjà mentionné, ce roman se déroulant 64 ans avant les événements de la trilogie des Hunger Games a pour but d’éclaircir le passé plutôt méconnu du président Snow. C’est ainsi qu’on rencontre une version adolescente de ce dernier au cours de l’année des 10e Hunger Games au Capitole. Dans la première partie, on apprend que le jeune Coriolanus se cache derrière le noble nom des Snow pour dissimuler ses graves problèmes financiers et compte sur son diplôme à l’Académie et un succès en tant que mentor aux Hunger Games (un combat à mort télévisé entre vingt-quatre jeunes âgés de 12 à 18 ans, appelés tributs) pour payer ses frais universitaires et sortir de la misère. Il se voit attribuer par le doyen Highbottom la fille du District Douze, une jeune guitariste du nom de Lucy Gray Baird remarquée pour ses talents en chant. Il cherchera à la guider et à la mettre en valeur durant tous les Jeux sous la supervision constante de la chercheuse en génétique Dr. Gaul, une scientifique présentant plusieurs signes de folie. À la suite d’une explosion dévastatrice dans l’amphithéâtre décrépit où se tiennent les Jeux, auquelle Coriolanus survécut grâce à Lucy Gray, les deux développeront même une liaison amoureuse. Le bouquin se prolonge également en deux autres parties, comme c’est le cas avec les autres romans du même univers.
Tout d’abord, ce livre m’a plu en raison des personnages. En effet, l’autrice n’a pas cherché à dépeindre le personnage de Coriolanus sous un beau jour, il est déjà manipulateur et centré sur lui-même dès sa jeunesse. Suzanne Collins ne démontre pas que c’est uniquement la société et la mort de ses parents qui le détournent du droit chemin, mais également ses propres choix. Elle a habilement développé cet énigmatique personnage ainsi que celui de Lucy Gray Baird. Le récit contient également plusieurs clins d’œil à la saga des Hunger Games comme le premier animateur des Jeux se révélant être l’excentrique Lucky Flickerman, soit nul autre que l’ancêtre de Caesar Flickerman, le présentateur des 74e Hunger Games auxquels participent Katniss et Peeta (c’est pourquoi, même s’il s’agit d’une préquelle, je vous recommande de la lire après les ouvrages précédemment écrits). Vous pourriez repérer des liens entre le bouquin et ces derniers qui sont encore beaucoup plus intéressants à remarquer. Mon préféré, c’est la haine que voue Coriolanus aux geais moqueurs et ironiquement, 64 ans plus tard, Katniss devient le symbole de la seconde rébellion des districts sous la forme d’un de ces oiseaux.
En second lieu, la présence de musique, omniprésente à travers Lucy Gray et ses proches, les Coveys (des artistes itinérants comme elle) est un bel enrichissement au livre. Certaines chansons chantées par les Coveys ont visiblement perduré à travers le temps car on en retrouve quelques-unes dans la trilogie, chantées cette fois par Katniss. Elles sont pleines de signification et plusieurs font référence au passé de certains personnages, en particulier Lucy Gray, comme l’Arbre du Pendu. (The Hanging Tree) Vous pourriez même y retrouver des indices quant à la fin de l’histoire. Bref, il est intéressant que l’autrice ait pris le temps de nous dévoiler l’origine et la signification de certaines mélodies. Fun fact: la chanteuse Olivia Rodrigo a écrit la chanson Can’t Catch Me Now précisément pour le film.
Troisièmement, j’ai trouvé super captivant de suivre le développement des Hunger Games en tant que jeu télévisé. En effet, on constate dans le début du livre que ceux-ci se déroulaient dans un vieil amphithéâtre en ruines, ravagé par les bombardements, où les tributs mal nourris étaient jetés dès leur arrivée et s’entre-tuaient, tout ça en l’espace de quelques heures tout au plus. La différence est énorme lorsqu’on compare avec les Jeux extrêmement médiatisés qu’a connus la protagoniste de la série Hunger Games où les tributs, dont plusieurs se portaient volontaires, avaient des stylistes ainsi que des cuisiniers du Capitole à leur disposition et résidaient dans des suites de luxe. Nous sommes témoins de plusieurs modifications et ajouts clés dans l’évolution des Jeux au cours de The Ballad of Songbirds and Snakes, notamment le début des paris et l’apparition du système des mentors, nous en apprenant plus sur la mise en place de ces effroyables Jeux. En outre, il est pertinent d’assister à ces événements selon la perspective des mentors, perspective qui n’est pas présente dans les 3 premiers opus. Finalement, j’ai apprécié que les personnages de Lucy Gray Baird et Katniss Everdeen soient très différents l'un de l’autre. Alors que Katniss est introvertie, réservée et plus pessimiste en général, Lucy Gray Baird recherche davantage l’attention. Elle est plus extravertie et provocatrice. En dépit de leur talent commun pour le chant et de leur appartenance au District Douze, les deux jeunes femmes sont très différentes l’une de l’autre.
Néanmoins, j’ai trouvé que l’histoire a pris du temps à se mettre en place et j’aurais aimé voir davantage d'action durant les Hunger Games. Le livre en comporte beaucoup moins que la trilogie et est moins graphique en termes de violence comme l’autrice a privilégié un angle plus philosophique, qui est tout de même intéressant. Je pense également que Collins aurait dû mettre plus d’efforts dans la construction de la relation entre Coriolanus et Lucy Gray, qui s’est résumée à un flirt s’étant détérioré du jour au lendemain (ou du chapitre au prochain!). Elle a conclu le récit de manière plutôt brusque.
En conclusion, malgré quelques éléments négatifs, le livre reste globalement une excellente histoire et très immersif. Il approfondit bien le personnage tordu du président Snow et l’univers de la série. De plus, il fournit une profonde réflexion sur le pouvoir et jusqu’où les gens sont prêts à aller pour y accéder. En espérant que je vous aurai convaincus, bonne lecture!
Alicia