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École secondaire Augustin-Norbert Morin

Projet de mémoire d’une étudiante de maîtrise en psychoéducation de l’UQO
Ce masque invisible
Émotions , Pression sociale

Ce masque invisible

Chaque jour se succède avec une routine similaire. Je me réveille, je traîne un peu sur mon téléphone, je vais voir mon chat et je me prépare. Après coup, je me rends dans la salle de bain pour le mettre et je m’observe dans la glace afin de m’assurer qu’il est bien en place.

La journée passe, soit je suis à l’école ou soit dans mon lit. Je patiente jusqu’à la tombée du jour pour l’enlever de mon visage. Ce fameux masque a deux faces: le premier disant « Je vais bien » peu importe comment je me sens. C’est celui qui veut faire paraître aux autres que tout se porte toujours à merveille. Pour éviter la pitié, l’inquiétude de certaines personnes ou pour qu’elles n’aient pas à devoir ‘’me gérer’’, mais aussi pour m’épargner les « Encore? » ou les gens qui me fuient comme la peste. 

L’autre part du masque sert à m’accommoder aux autres. À m’adapter en fonction de la manière dont une personne agit, à ses pensées et à ses paroles, même si elles ne font pas nécessairement partie de mes valeurs. Peut-être que je ne devrais pas faire ça, mais c’est ma façon de créer des liens et de les conserver.

C’est comme lorsque je me trouve avec cette personne qui souffle des propos du genre « Regarde comment elle est moche », alors que je la trouve vachement jolie et que, selon moi, chaque personne est magnifique. Les « Regarde son style, c’est trop bizarre », alors que je l’adore et que je raffolerais être vêtue ainsi. Ça, c’est sans inclure tous les commentaires homophobes, racistes, sexistes ainsi que la discrimination religieuse qui figurent partout. La majorité du temps, je m’efforce d’ignorer tout ceci, mais c’est comme si je n’avais pas le choix d’être d’accord avec toute cette méchanceté pour maintenir une relation.

Le souci est que, de temps à autre, mon masque ne demeure pas en place. À tout moment, il peut arriver qu’il tombe sur le sol. Je le ramasse alors et j’entreprends de le remettre en place, seulement quelques fois je n’y parviens pas. Une ou plusieurs personnes peuvent me l’arracher du visage et refuser de me le rendre. D’autres fois, je discerne des craquements dedans jusqu’à l’apercevoir se briser en mille morceaux. Je cherche à reconstituer les pièces hâtivement en sachant parfaitement bien qu’il en manquera et que je devrai en prévoir un nouveau pour le lendemain. Parfois, je le soustrais volontairement et je constate que les gens n’ont pas l’air d’apprécier mon véritable visage, donc je me presse de le remettre.

Ce que je préfère, ce sont les jours ou les instants dans lesquels ce n’est pas une nécessité de le porter, ou tout simplement les personnes avec qui ce n’est pas indispensable. Quand j’ai la possibilité de rester moi-même et de me sentir tout aussi bien que mal sans contenir la peur du jugement des autres et qu’on s’éloigne de moi.

Je sais que je ne suis pas la seule à le reproduire au quotidien et qu'à force, c’est fatigant. Et probablement que me remémorer le soir à quel point c’est chiant de devoir faire semblant est l’une des raisons qui m’empêche de m’endormir. Néanmoins, si j’ai pu retenir une chose, c’est que, parfois, ça fait du bien de baisser son masque.

Amélie

Amélie Bellemare Huskin

Salut, je m'appelle Amélie Bellemare Huskin, j'ai 15 ans et je suis en 4e secondaire à l'école ANM. C'est ma première année ici. Avant, j'étais à Québec, ce qui fait un grand changement pour moi. J'aime beaucoup écrire et quand j'ai entendu parler du projet La deMOIs'aile, ça m'a tout de suite attirée, car ça me donne l'opportunité de partager ce que je ressens avec les autres plus facilement. Je me dis également qu'en lisant mes textes, ça peut permettre à certains de se sentir moins seuls « dans leur ressenti des choses » ou pour d'autres, de mieux comprendre certaines pensées.


 

Amélie Bellemare Huskin - École secondaire Augustin-Norbert Morin